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Ce matin, 2026-04-09, une dépêche sur la guerre US/Iran : "Donald Trump ne s'attendait pas à une telle résistance." Une situation où des signaux sur la complexité de la situation iranienne étaient disponibles. Le président a choisi en fonction de sa conviction sur les signaux. Ce n'est pas une défaillance du dispositif d'écoute — c'est une défaillance de l'usage qui en est fait. Arnaud Tonnelé a publié un article stimulant sur la naïveté supposée des approches d'accompagnement du changement : “Les approches dominantes de la transformation souffriraient-elles d'une forme de naïveté ?” Son argument central : les transformations échouent non par manque de facilitation, mais parce qu'on ignore la dimension politique des organisations et qu'on prend pour argent comptant l'objet que le client nous demande de transformer. Je le remercie pour la base qu'il fournit et je poursuis la réflexion. (J'ai écrit un autre article qui complète en identifiant les 4 points-clés de l'argumentation de Tonnelé et comment l'ASRO les prend en compte : Quand Arnaud Tonnelé a raison ). Partons avec Christophe Colomb Colomb avait une conviction : la route des Indes par l'ouest. Il avait tort sur la géographie, raison sur la navigation. Et ce qui a permis l'expédition, ce n'est pas que son équipage partage sa conviction sur la destination. C'est qu'il existait suffisamment de récit commun pour que le bateau parte et reste en mer. Le politique n'explique pas tout Tonnelé pose le pouvoir comme "matière noire des organisations" : présent partout, invisible, déterminant. C'est juste quoiqu'orienté (noire = côté obscur de la force). En faire le facteur explicatif central, c'est réduire les acteurs à des porteurs d'intérêts en compétition. L'équipage de Colomb n'avait pas les mêmes intérêts que leur capitaine, qui n’avait pas les mêmes intérêts que ses armateurs. Certains marins cherchaient la fortune, d'autres fuyaient quelque chose, d'autres encore obéissaient par contrat. “Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ; D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns, Astrologues noyés dans les yeux d’une femme, La Circé tyrannique aux dangereux parfums.” — Charles Baudelaire Leurs intérêts divergeaient. Et pourtant le bateau est parti. Ce qui a permis l’expédition c'est un ensemble de récits partagés sur ce qui était légitime, possible (imaginable), valable. Un ensemble suffisamment solide pour que des intérêts divergents coexistent dans un mouvement commun. Les intérêts ne convergent pas. Les récits permettent qu’ils coexistent. Les récits ne tiennent pas par adhésion rationnelle, mais parce qu’ils définissent ce qui est énonçable, risqué ou impensable. C'est précisément ce terrain que l'ASRO travaille. Une restriction de périmètre assumée Tonnelé reproche aux approches d'accompagnement de prendre l'objet de la transformation pour argent comptant. Il propose d'interroger cet objet, de "re-problématiser" ce que le client demande, “pour son propre bien”. "Pour son propre bien" est une formule qui mérite attention. Elle signale un déplacement où l'accompagnant pense savoir mieux que le client ce qui est bon pour lui. L'ASRO fait un choix délibéré : elle travaille sur les processus subjectifs, les récits, les représentations, ce qui circule dans les couloirs et les réunions, sans prétention sur les processus objectifs, qui relèvent du métier et de la stratégie. Ce n'est pas un angle mort. C'est une ligne de cohérence. (Pour la différence entre processus subjectifs et objectifs, se référer à Olivier Devillard “La dynamique des équipes“) Le sonar et le navigateur Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ; Une voix retentit sur le pont : « Ouvre l’œil ! » Une voix de la hune, ardente et folle, crie : « Amour… gloire… bonheur ! » Enfer ! c’est un écueil ! — Charles Baudelaire Colomb n'est pas seulement le visionnaire de l'expédition, il est également le navigateur. C'est lui qui détient les cartes, qui lit les étoiles, qui sait interpréter les vents et les courants. La connaissance de la route est précisément sa compétence. L'ASRO dote ce navigateur d'un sonar, un dispositif d'écoute de ce qui se passe à bord. Ce que se disent les matelots dans les hamacs, ce qui se raconte sur la durée du voyage, sur les provisions, sur la confiance dans le capitaine. Ces signaux ne disent pas si la route est la bonne. Ils disent ce qui tient ou ce qui risque de céder dans le collectif qui réalise l'expédition. C'est une compétence différente de celle du navigateur et complémentaire. Le sonar ne remplace pas les cartes. Il écoute et complète ce que les cartes ne peuvent pas figurer. C'est là que la phronesis entre en jeu, cette sagesse pratique que les Grecs distinguaient du savoir théorique. Le navigateur sait où et comment aller…en théorie. La phronesis, c'est savoir comment y aller avec ces hommes-là, dans ces conditions-là, maintenant. L'ASRO travaille sur ce registre : non pas la vérité de la destination, mais la qualité du mouvement collectif qui permet d'avancer vers elle. La naïveté comme condition Tonnelé utilise "naïf" comme disqualification de la posture. Pourtant, au sens étymologique, la naïveté désigne ce qui est natif, originel, non altéré par les filtres de ce qu'on sait déjà. C'est peut-être un pré-requis à toute innovation : voir sans présupposer, écouter sans avoir déjà la réponse…au risque de se tromper. Mais comment “bien se tromper” relève d’une autre conversation. La naïveté n'est pas l'ennemi de la lucidité. Elle en est parfois la condition. Une démarche qui choisit de ne pas prendre de camp, qui travaille avec ce qui est là sans prétendre savoir mieux, qui fait confiance à l'émergence plutôt qu'à la prescription, c'est naïf, au meilleur sens du terme. Et c'est assumé. Ce que l'ASRO promet Pas que la route des Indes mène aux Indes. Que Colomb dispose d'une écoute de l'équipage. Que les récits qui menacent la cohésion de l'équipage deviennent lisibles. Que ceux dont c'est le rôle de naviguer disposent d'une information sur ce qui se joue à bord et puissent en faire ce qu'ils jugent juste. C'est une promesse sobre. Elle ne vole rien à personne. Elle ne dit pas où aller. Elle rend visible ce que produit la manière d’y aller. PS. Le Titanic avait reçu ses avertissements sur les icebergs. Le commandant a choisi de maintenir la vitesse. Comme Trump ce matin. Ce n'est pas une défaillance du dispositif d'écoute, c'est une défaillance de l'usage qui en est fait. Forcer le commandant à regarder l'écran ne relève pas du sonar. Et ce n'est pas la promesse de l'ASRO. Image libre de droit colorisée par Gemini
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Christophe KeromenAutteur de "Ne vous transformez surtout pas !" (fin 2026) ArchivesCatégories
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