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Pourquoi on dit oui en réunion … et non le lendemain sur le terrain

4/2/2026

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Dire et faire, ou le choc des récits

Photo
Dans une interview, Dominique Desjeux, professeur émérite à Paris Cité, mentionne un écart, une dissonance, qui mérite notre attention.
En France, il y a quelques années, 80 % des parents se déclaraient opposés aux jeux vidéo.
Or le taux d'équipement des foyers avec enfants frôlait les 80 %. 

Autre exemple similaire : 80 % d'opinions favorables au bio. Moins de 4 % d'acheteurs réguliers.
Ce n'est pas de l'hypocrisie. C'est plus intéressant que ça.

Ce qu’y voit l'anthropologie stratégique de Dominique Desjeux
L'anthropologie stratégique part d'une exigence méthodologique simple et radicale : distinguer, dans les questions posées aux acteurs, ce qui relève des pratiques, de ce qui relève des représentations. Parce que les deux ne coïncident presque jamais.
Pour expliquer l'écart, Desjeux identifie des contraintes : le coût, le temps, la durée de conservation, et ce qu'il appelle la "contrainte affective" — la pression des groupes de pairs sur les familles. Ce cadre est utile. Il permet de sortir du registre des motivations individuelles pour observer les systèmes d'action.
Si je partage la démarche de distinction entre pratiques et représentations, il me paraît subsister un angle mort.

Une hypothèse de lecture complémentaire
La "contrainte affective" est traitée comme une force externe, de même nature que le coût ou la durée de conservation. 
Mon hypothèse de travail : et si l'achat du jeu vidéo par un parent qui s'y déclare opposé n'était pas une capitulation sous pression, mais la résolution, provisoire et souvent inconsciente, d'un conflit entre deux voix intérieures également légitimes ?
Première voix : "Un bon parent sait dire non. Les jeux abrutissent, les études passent d'abord."
Deuxième voix : "Un bon parent protège son enfant de l'exclusion. Être le seul sans console, c'est lui faire du mal."


Ces deux voix ne viennent pas de l'enfant qui réclame, même si la réclamation active la seconde. Elles viennent du groupe social et sont intériorisées sous forme de normes sur ce qu'est “un bon parent". La pression des pairs n'agit pas de l'extérieur : elle agit parce qu'elle a déjà été absorbée, traduite en exigence identitaire contradictoire.
C'est ce qu’à la suite du sociologue G.H Mead,  l'Accompagnement Systémique des Récits en Organisation (ASRO) nomme l'autrui généralisé.

L'autrui généralisé
Concept développé par le philosophe et sociologue George Herbert Mead, l'autrui généralisé désigne la présence intériorisée d'un jugement collectif imaginaire qui oriente nos comportements avant même que nous n'agissions. 

Ce n'est pas "ce que les autres pensent", c'est "ce que je crois qu'on attend de moi en tant que membre de ce groupe".
Dans une organisation :
"Un bon manager ne montre pas ses doutes." "Ici, remettre en question la direction, c'est risqué." Ces voix ne sont ni vraies ni fausses. Elles structurent ce qui est pensable, dicible, faisable dans le groupe social.

Ce que Desjeux observe avec précision, l'ASRO l'aborde avec une focale différente pour ouvrir d'autres questions sur ce qui le produit. 
Pas une contrainte externe qui viendrait contredire une valeur, mais l’hypothèse d’une friction entre deux autruis généralisés actifs simultanément, qui définissent chacun une version légitime du même rôle.

Le même écart, dans les organisations
Remplacez les parents et les jeux vidéo par vos collectifs et vos transformations.

"On est tous d'accord pour changer les pratiques de réunion."
Lendemain matin : mêmes pratiques, même durée, mêmes personnes qui parlent.


"On veut une culture du feedback."
Deux semaines plus tard : personne n’aborde les sujets qui fâchent, sauf dans les couloirs ou autour de la machine à café.


Ce n'est pas de la mauvaise volonté. Ce ne sont pas des résistances à combattre.
Dans la lecture ASRO, ce sont deux autruis généralisés en tension, qui définissent chacun une version concurrente de ce que signifie "être professionnel ici".

Repérer ces voix, formuler des hypothèses sur ce qu'elles protègent, concevoir des interventions qui travaillent avec elles plutôt que contre elles : c'est le cœur de la démarche ASRO.

Le livre Ne vous transformez surtout pas ! développe cette lecture et ses implications pratiques pour les accompagnants.
Le parcours ASRO vous permet d’apprendre à l’expérimenter sur vos situations réelles.

Vous intervenez en organisation et cet écart vous parle ? Découvrez le parcours ASRO
Photo de Çağlar Gelmiş: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/adorable-bebe-jouant-avec-une-manette-de-jeu-a-l-interieur-28784044/
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    Christophe Keromen

    Autteur de "Ne vous transformez surtout pas !" (fin 2026)

    Archives

    Avril 2026

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    ASRO
    Postures Naratives

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